"Je suis Bizim Bakkal" ou un épicier turc victime de la gentrification

Je suis bizim bakkalLa gentrification de Berlin. On en parle beaucoup, on théorise, on relativise mais aujourd'hui, on va tenter de l'incarner avec la banale, simple et jolie histoire d'Ahmet Caliskan qui devient singulière, complexe et plutôt moche.

 

Je suis bizim bakkalUne banale, simple et jolie histoire d'immigrés

Ahmet Caliskan a 55 ans. D'origine turque, il est arrivé en Allemagne a 14 ans pour rejoindre son père, alors ouvrier immigré qui a comme tant d'autres, participé au boom économique allemand des années 60. Puis son père a monté à Berlin une épicerie de quartier au nom bien affirmé; Bizim Bakkal ("Notre épicerie"), située Wrangelstrasse, dans le très populaire et bon marché quartier de Kreuzberg qu'on appelait "le petit Istanbul", pour son fort taux d'immigrés turcs.

Cette épicerie, Ahmet y travaille depuis 1987 et est maintenant une petite entreprise familiale puisque sa femme Emine et leur fils Sükrü y travaillent aussi. Ahmet pouvait être heureux; le commerce marche bien, son fils se prépare à la relève, tandis que sa fille fait des études scientifiques. 

Mais aujourd'hui, le ciel lui est tombé sur la tête

Ou plutôt une "expulsion" lui pend au nez, avec la grave conséquence que c'est toute une petite famille qui est sur la sellette.

En effet, vous n'êtes pas sans savoir que Berlin, et particulièrement des quartiers comme Kreuzberg, sont sujets à une gentrification galopante, en raison de la branchitude qui les anime. En 6 ans, l'inflation des loyers y a bondi de 54%! Bien sûr, le gouvernement a bien tenté d'enrailler le phénomène avec sa dernière loi sur l'encadrement des loyers. Mais cette loi ne concerne pas les logements rénovés...

Et on y vient; un promoteur immobilier a racheté l'immeuble dont fait partie l'epicerie d'Ahmet. Il compte bien sûr le rénover et a donc obligé Ahmet et sa famille a quitter les lieux avant le 30 septembre.

Mais Ahmet a décidé de se battre.  

"Les avocats disent qu'il y a peu de chances de gagner (...) Je ne veux pas dépendre des services sociaux, je veux gagner mon argent. Mais à 55 ans..." a confié Ahmet à l'AFP.

Les habitants du quartier se mobilisent et lui apportent leur soutien.

Depuis trois semaines, ils se réunissent chaque mercredi devant l'épicerie, des stickers sont collés sur les portes et les vitrines des magasins et des banderoles "Je suis Bizim Bakkal" sont suspendues aux fenêtres.

Alors Ahmet veut y croire; "le 1er octobre, on sera encore là!" a-t-il déclaré.

On l'espère Ahmet, on l'espère...

(Sources: AFP, tempsreel.nouvelobs.com / Image: www.lematin.ch)

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