Les cas Jean-Marie Bigard et Annegret Kramp-Karrenbauer

France/Allemagne: le scandale de l'humour

Les cas Jean-Marie Bigard et Annegret Kramp-Karrenbauer

 

L'humour politiquement incorrect au pilori

On ne peut plus rire de rien, dit-on.

L'humour en entre-soi, qui permettait hier les blagues les plus lourdes, salaces, racistes, sexistes, vulgaires et parfois savoureuses, semble révolu.

Aujourd'hui, l'humour ne se partage plus en connivence mais se partage sur les réseaux sociaux à la vitesse 2.0 et percute ceux à qui il n'était pas destiné.

Ce qui fait de l'humour d'auhourd'hui, un humour qui rate forcément sa cible: il choque, blesse et divise alors qu'avant, il grisait et fédérait ceux qui en partageaient les sousbassements.

On croit à tors que cela est le fait d'un communautarisme exacerbé mais c'est plutôt du fait de la fin des frontières communautaristes.

Hier, les auteurs de blagues antisémites ne s'aventuraient pas à les raconter au congrès du CRIF. Elles étaient racontées en entre-soi de pensée ou dans des lieux où la pensée dominante muselait les réfractaires. Mais aujourd'hui, il est impossible de garder les frontières de ces entre-soi, de sorte que l'opprobe n'est pas la blague elle-même mais l'affront de la jeter au visage des moqués.

Car avec Internet, il y a toujours un moqué (des millions) qui en est humilié.

Là est l'outrage.

C'est cet outrage que les auteurs pris en défaut ne comprennent pas. Ils évoquent Coluche et Desproges sans comprendre qu'à l'époque, dans le poste, ils s'adressaient à une audience acquise à leur humour. Alors qu'aujourd'hui, Internet n'a pas d'audience car contrairement à ce que suggère son nom, ce n'est pas une réseau (qui suppose l'entre-soi ou la cooptation) mais une vague qui emporte (ou met en colère) les surfers qui ne savent pas nager et fait couler les auteurs qui n'ont pas de bouée.

 

Les cas Jean-Marie Bigard et Annegret Kramp-Karrenbauer

Une parfaite illustration du problème en miroir en France et en Allemagne:

Le 11 février dernier sur C8, l'humoriste Jean-Marie Bigard racontait pour la énième fois sa blague de "la déchirure", ayant le thème du viol comme ressort d'humour trash. 

À la suite de plaintes, l'humoriste connu pour sa vulgarité s'est vu vilipendé et sa tournée d'été dans le Var a été annulée.

Ému aux larmes, l'humoriste ne comprend pas ce qu'il lui arrive.

Jeudi dernier, sur la scène du théâtre de Stockach, dans le Bade-Wurtemberg, la nouvelle présidente de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer (AKK), habituée à faire son show chaque année pour le Carnaval, s'est permis une blague sur les personnes transgenres en les montrant du doigt comme "des hommes qui n'ont pas encore décidé s'ils devaient faire pipi debout ou assis".

Tollé, tempête politique et demande d'excuses s'en sont suivis jusqu'au journal Bild qui a consacré une page entière à l'affaire.

La fin de l'humour provoc ?

Certainement pas la fin de l'humour (il restera toujours des espaces d'entre-soi) mais la fin de l'humour sans conséquence et donc, la fin des humours de "cibles" par des personnalités publiques.

L'humour de cible perdurera mais dans un relatif anonymat collectif sur des sites en connivence.

Et finalement, ça redeviendra comme avant Internet: une foison de blagues lourdes, salaces, racistes, sexistes, vulgaires et parfois savoureuses, rarement signées mais souvent partagées. 

Image: montage extraits vidéos

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Humour Tandences Prise de parole Société

Commentaires (2)

No-Imbiss-in-Berlin
  • 1. No-Imbiss-in-Berlin | 07/03/2019
Excellent article
Fabricowedding
  • 2. Fabricowedding | 07/03/2019
C'est triste qu'on ne peut plus rien dire. la blague de la déchirure et vraiment pas méchante.

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